D'un Z qui veut dire Zappa !
Voici quelques bonnes raisons de découvrir ou redécouvrir le bonhomme, véritable OMNI (objet musical non identifié) à nul autre pareil et dont on n’est pas près de revoir l’équivalent. Plus de 60 disques réalisés sont à signaler de son vivant (sa famille s’est chargée d’en sortir un nombre équivalent depuis sa disparition en triant dans ses archives fort documentées).
Plutôt que d’essayer de résumer la carrière de ce géant protéiforme, voici quelques entrées comme autant de pistes pour aborder le puzzle dadaïste laissé par le compositeur. Et vous donner envie, qui sait, de creuser dans cette galerie labyrinthique !
FZ c'est :
Un guitariste extraordinaire et hors norme.
Lors de ces improvisations, il avait le sentiment de ‘réaliser un tableau en direct’. Il prenait cette affaire tellement au sérieux qu’il n’hésita pas à sortir en 1981un triple album rempli à ras bord de furieux exercices à la six cordes, intitulé “Shup up ‘n play yer guitar”.
Mais c’est ici un extrait de son fameux album ‘Hot rats’ où, après une minute chantée par son frère ennemi Captain Beefheart, il se lance dans une cavalcade légendaire de près de 8 minutes où tous les coups sont permis. Les idées s’enchaînent les unes après les autres, tel le flot d’une fontaine qui ne s’arrêtera jamais.
FZ c'est également :
Le génie de la fusion absolue puisqu’aucun genre musical ne lui résiste. Son horizon ne s’est pas borné à l’univers du rock, en témoignent ses compositions pour orchestre classique. Après de multiples expériences malheureuses et ruineuses (London Symphony Orchestra avec Kent Nagano, Ensemble Intercontemporain dirigé par Pierre Boulez), il trouve enfin les interprètes idéaux avec l’Ensemble Modern de Berlin et son chef Peter Rundel. Ce dernier lui laisse ici la baguette pour une des dernières apparitions publiques du maestro, déjà très affecté par la maladie qui devait l’emporter.
FZ c'est aussi :
Un attrait pour le jazz et la pâte à modeler.
“Le jazz n’est pas mort mais il sent bizarrement” avait un jour déclaré cet iconoclaste. Ce qui ne l’empêcha pas de voir défiler dans son orchestre un nombre de pointures impressionnantes tels les frères Brecker, Jean-Luc Ponty ou George Duke. On peut admirer ce dernier à l’œuvre dans cette riche composition où s’illustrent aussi Ruth Underwood aux percussions, sans oublier l’animation image par image de Bruce Bickford. Un moment d’anthologie pour ce qui reste sans doute la meilleure formation qu’aura connu Zappa.
FZ c'est encore :
L'engagement politique.
Zappa envisagea de se présenter aux élections présidentielles des Etats-Unis. “Je ne pourrai pas faire pire que les précédents” déclara-t-il. La maladie l’en empêchera. Son positionnement était malgré tout plus sérieux que celui de Coluche.
En effet, en janvier 1990, il est accueilli à l’aéroport de Prague par 5 000 fans, dont le nouveau président tchèque Vaclav Havel, car il est pour eux une icône de la rébellion depuis les années 60.
Lors d’échanges entre les deux hommes, Vaclav Havel découvre que Zappa possède de solides connaissances en matière d’échanges commerciaux. Il décide d’en faire un ambassadeur itinérant des intérêts de son pays. L’expérience sera stoppée nette par le secrétaire d’Etat américain James Baker qui demandera à Havel de faire un choix entre faire des affaires avec Zappa ou avec les Etats Unis !
Ci-dessous un court extrait, hélas en anglais, d’un talk-show de 1986 ou Zappa se débat avec des politiciens. Pour l’occasion, il s’est coupé les cheveux et a mis une cravate car il faut savoir faire des sacrifices. Il en effet un des seuls musiciens de l’industrie du disque à être monté au créneau pour protester contre l’apposition de l’infâmant sticker “Parental advisory” sur les disques de rock et de rap, défendant bec et ongle le premier amendement de la constitution, relatif à la liberté d’expression. Très éclairant au vu de l’environnement politique actuel, on ne peut que regretter qu’il ne soit plus là pour brocarder allègrement les dérives politiciennes d’aujourd’hui !
FZ c'est enfin :
Un cinéaste déjanté (on ne s’attendait pas à moins).
Comment résumer un film comme 200 motels ? On y voit un groupe désœuvré, supportant comme il le peut la vie sur la route et complotant contre son leader qui les espionne. Ah oui, j’oubliais, Frank Zappa est interprété par Ringo Star, oui oui, le sympathique Beatles. Keith Moon, des Who, joue quant à lui le rôle d’une nonne dépressive qui finit par léviter. Le manager est le diable, affublé d’un fort accent prussien, et ne cesse de vouloir faire signer des contrats. Il y a également un orchestre classique qui joue entouré de barbelés.
Bref, on ne peut pas résumer 200 motels, grande fresque surréaliste réalisée en vidéo, ce qui était révolutionnaire pour l’époque.
Voici une séquence de dessin animé intitulée “Le dilemne de l’hygiène dentaire” où le batteur Aynsley Dunbar se débat avec sa conscience. Doit-il quitter le groupe et entamer une fructueuse carrière solo ?
Et pour finir en beauté, terminons au saloon avec Jimmy Carl Black, baptisé ‘l’indien du groupe’, qui pousse la chansonnette en mode country cette fois. Quand on vous disait qu’aucun style ne résistait aux outrages zappiens !
Dispos à la bibliothèque :


